Publié dans Capitalisme & écologie, Environnement

La démographie est-elle vraiment un enjeu écologique?

Hello! Aujourd’hui je viens vous parler d’un sujet qui fait souvent débat, l’augmentation de la population par rapport aux enjeux environnementaux contemporains.

Le discours majoritaire (que moi j’entends en tout cas) est que faire ou vouloir des enfants serait une aberration si on se considère vraiment « écolo » au sens un peu puriste. Ce constat est justifié par la population actuellement très nombreuse sur le globe, qui ne cesse d’augmenter et que visiblement on n’arrive pas vraiment à nourrir (on pourrait, mais ça c’est un autre débat).

Dans ce contexte, faire des enfants serait un non-sens puisque cela contribuerait à endommager toujours plus l’environnement en utilisant toujours plus de ressources et en émettant toujours plus de CO2.

D’un point de vue personnel je me pose la question de vouloir ou non faire des enfants et les faire grandir dans un monde aussi pourri que le nôtre, dans la mesure où peu de signes sont prometteurs pour le futur disons.

Je ne sais pas trop comment me positionner vis-à-vis du débat « peut-on vraiment faire des enfants dans un monde qui va droit dans le mur ? » mais je suis assez certaine d’une chose, c’est que d’accuser les pays surpeuplés en voie de développement d’être la cause de ce problème est un leurre. D’un point de vue « impact » sur la planète en occident nous sommes clairement les pires, en externalisant nos activités dans des pays en difficulté, et par notre mode de vie ultra consommateur. Les pays en voie de développement ont un retard vis-à-vis des technologies, tout ce qui est arrivé chez nous il y a dix ans arrivent à peine chez eux. Et tant qu’individu, je suis prête à parier que mon mode de vie est plus consommateur que toute une famille en difficulté dans l’un de ces pays.

Un article de la revue Yggdrasil m’a éclairé un peu sur la question, et m’a apporté des réponses qui m’ont conforté dans l’opinion que j’avais au préalable sur le sujet. Je vous conseille cette revue, c’est une mine d’or d’informations. Et c’est une revue indépendante qu’il faut soutenir !

L’article se pose la question du bien fondé de cette théorie selon laquelle il faudrait réduire la population pour résoudre bien des problèmes liés au climat et à l’écologie.

Déjà il semblerait que l’augmentation constante de la population ne soit pas un constat tout à fait correct. Si l’on suit la courbe de la population, elle décroit enfaite plus qu’autre chose depuis les années 70, et en 2100 elle se stabilisera autour de 11 milliards d’individus.

« Elle se stabilise car tous les pays passent par « la transition démographique ». La mortalité baisse grâce aux progrès de l’alimentation, l’hygiène et la médecine. La population augmente alors plus rapide

ment car la natalité (mesurée par le taux de fécondité, le nb moyen d’enfants par femmes) baisse plus lentement. Elle atteint un taux qui assure la stabilité de la population, le seuil renouvellement des générations. Il est autour de 2.1 enfants/femme dans les pays développés mais en moyenne de 2.3 dans le monde. Aujourd’hui la plupart des pays ont un taux inférieur à 2.1, leur population baisserait sur le long terme si il n’y avait pas d’immigration. »

On accuse souvent les pays en voie de developpement de ne pas assez bien controler leurs naissances, comme si il suffisait de balancer des préservatifs à tout le monde. Mais c’est la misère qui crée la surnatalité plus qu’autre chose.

Le problème des projections diverses que l’on peut consulter sur des sites tels que l’ONU est qu’elles ne prenne pas toujours en compte des éléments qui sont comme qui dirait imprévisibles (guerres, épidémie comme actuellement, famines, crises). Si on prend le problème d’un point de vue écologique, on sait que les catastrophes naturelles vont se multiplier à l’avenir, il est donc difficile de considérer que la population va évoluer de la même manière pour les 50 années à venir.

Il faut donc être prudent avec ces données, et toujours mettre en garde avant même de tenir un quelconque discours. Il faut rappeler que ces données sont des « projections » hypothétiques, et non des prévisions. C’est différent. Prenez donc du recul sur les discours que vous entendez dans les médias sur le sujet, car les personnes qui en parlent malheureusement ne le font pas toujours.

Il faut donc plutôt se baser sur des projections de court terme pour pouvoir vraiment être dans un discours proche du réel, 2050 par exemple correspond à une échéance pour le climat, et donc une échéance pour la population mondiale également. 2100 est une date trop lointaine pour pouvoir véritablement prédire quoi que ce soit. Si la barre des 2 degrés est dépassée d’ici 2050 il a fort à parier que ça n’augure rien de bon pour 2100.

Les projections « prudentes » actuelles d’un point de vue environnemental pour 2100 sont les suivantes : épuisement de la plupart des ressources, réchauffement d’au moins 4 degrés, chute brutale de la productivité agricole, et une grande partie de la planète sera inhabitable.  Il semble difficile dans ces conditions de réellement faire des prévisions sur les chiffres de la population.

Comment résoudre le difficile problème des émissions de CO2 ?

« Les 10% des habitants les plus riches du monde sont responsables d’autant d’émissions de CO2 que les 90% les plus pauvres. Lorsqu’on classe par pays en fonction des taux de fécondité, on s’aperçoit que l’immense majorité des émissions provient des pays à faible fécondité ».

blog demographie

On accuse souvent l’avion d’être le plus émetteur de CO2 alors qu’il ne représente que 5% des émissions totale. Il faut prendre en compte que 90% de la population n’a jamais pris l’avion (et là tout d’un coup on se sent bien privilégié… Enfin c’est l’effet que ça m’a fait quand j’ai lu cette donnée). Je ne dis pas qu’il faut arrêter de taper sur l’avion et continuer de le prendre à tout va comme on le fait aujourd’hui, mais j’ai toujours du mal avec cette culpabilité qu’on met sans arrêt sur le consommateur, alors que le système a fait en sorte qu’on ai tous envie de voyager, et a tout mis en œuvre pour que les voyages soient accessibles au grand public. Blâmer seulement le système et les entreprises n’est pas une solution non plus, j’en conviens, mais il faut nuancer le propos je pense en considérant qu’on ne changera pas les choses en ordonnant aux gens de ne plus prendre l’avion ou en tapant constamment sur les entreprises. C’est un ensemble qu’il faut transformer, et tout le monde doit y mettre du sien, à son échelle (donc de ce point de vue-là les entreprises ont une marge de manœuvre bien plus grande).

On entend souvent que diviser la population par deux serait la solution pour résoudre les problèmes climatiques à venir. Il faut encore une fois faire attention avec ce genre de affirmations toute faites. Si on cautionne ce genre de théories pourquoi ne pas considérer tout simplement qu’il faudra éliminer les 10% les plus riches cités plus haut? C’est un peu radical, et pas vraiment réaliste soyons honnêtes.

Faire moins d’enfants est-elle vraiment la solution pour réduire nos émissions ?

Il y a peu d’études disponible sur un scénario préconisant l’arrêt des naissances pour réduire au maximum nos émissions. A priori une mesure de ce type en France ferait chuter les émissions de 36% d’ici 2050. Mais « il resterait à diviser les émissions par 5 après cette mesure ». Donc finalement, ce n’est pas vraiment une solution pérenne. La véritable action génératrice d’impact est celle de la réduction des émissions par habitant. Encore une fois il ne s’agit pas de croire que de prendre moins de douches aura un impact significatif comme on veut nous le faire entendre. Il s’agit de mettre un place un système du point de vue politique et des infrastructures POUR permettre aux personnes individuellement d’avoir moins d’impact.

Selon le Shift Project (qui propose des mesures à l’échelle européenne) voici ce qui pourrait avoir un impact significatif sur le long terme par rapport à seulement des mesures démographiques:

Mesures démographiques (-36% max)

Aucun enfantEnfant uniquePas plus de 2 enfantsSuppression allocs pour + de 2 enfants
-36%-19%-5%-2%

Mesures Shift Project (-66% max)

Fermer centrales charbonRénover logements anciensRelier métropoles par trains rapidesInventer industrie lourde post carboneDévelopper transport urbain proprePasser à l’

 

Agriculture durable

Rénover bâtiments public
-18%-13%-9%-7%-6%-5%-4%

Ce sont évidement encore des projections, mais elles montrent que les sociétés et les gouvernements ont tout intérêt à transformer la structure de notre système plutôt que d’ordonner aux populations de faire moins d’enfants.

En tant qu’individu « riche » quel est notre marche de manœuvre ?

« Le concept d’héritage carbone a été popularisé par l’AFP avec ce fameux graphique qui consiste à dire qu’un enfant en moins par an serait égal à -60 tonnes de CO2/an contre -2 tonnes pour quelqu’un qui abandonne sa voiture à essence »

graphique AFP

Dans ce graphique tiré d’une publication scientifique, on considère que le parent est responsable de 50% des émissions de son enfant sur toute sa vie puis de 25% de celles de son petit enfant, puis 1/8 de celles de la génération suivant ect.. Ce calcul est problématique pour plusieurs raisons : « personne ne connait ni l’évolution de la population, ni les émissions futures ». Il est en plus assez compliqué d’établir les émissions d’un « enfant moyen ». Il est clair que si ce dernier mange de la viande à chaque repas et qu’il prend l’avion tous les weekends il aura un impact considérable. Mais il faut prendre en compte également qu’un enfant peut avoir un impact moindre si le parent qui s’en occupe adopte lui-même un mode de vie plus respectueux de l’environnement. Donc ce concept « d’héritage carbone » est tout de même délicat à définir, et il a largement été critiqué.

Une donnée importante mérite d’être souligné également. Il semblerait selon plusieurs études que nous serions en capacité de nourrir plus de 10 milliards d’individus « de manière soutenable en réduisant la consommation de viande et en gaspillant moins. » Je vous conseille le documentaire Cowspiracy sur Netflix si vous voulez comprendre le rapport entre notre consommation de viande et l’écologie, il explique de manière très synthétique pourquoi la consommation de viande actuelle n’est pas soutenable sur le long terme. Je vous parle de ce documentaire et de beaucoup d’autres dans cet article.

Conclusion : « Le poids écologique de l’humanité est dans les pays riches, l’évolution de la population dans les pays pauvres n’y changera pas grand-chose. » Il faudrait donc se plier à une politique de l’enfant unique à l’échelle globale pour que cette mesure ai réellement un impact, et dans les circonstances actuelles, tout le monde en convient je pense pour dire que ça semble plutôt compliqué. Il faut donc plutôt concentrer son énergie dans un changement de mode de vie, pour que notre monde devienne plus égalitaire, moins énergivore et plus juste de manière générale. « Avoir des enfants peut représenter un poids écologique limité s’ils vivent de manière soutenable. »

Dans ce débat incessant entre démographie et climat, on oublie la réalité de l’injustice climatique à l’échelle globale et ce qu’elle engendre du point de vue démographique. Les pays qui vont en pâtir les premiers de ce réchauffement sont les pays les plus peuplés dont la responsabilité est moindre par rapport aux pays industrialisés. La problématique la plus déterminante devrait être celle du vivre ensemble, comment faire pour mieux vivre tous ensemble sur cette planète sans l’endommager davantage par exemple. Finalement ce débat de démographie est un peu une excuse, pour résoudre le problème avec un pansement, continuer comme avant, tous en blâmant les pays qui seront les premiers concernés par les catastrophes causés par l’Occident.

L’écologie a pour vocation une cohabitation bien plus pacifiste que destructrice avec la nature, mais combien sont prêts à renoncer au confort d’aujourd’hui pour assurer le confort des générations de demain ? C’est pourtant un enjeu crucial lorsqu’on fait le choix de vouloir ou pas des enfants non ? Chaque parent aspire à un avenir serein pour son enfant, et aujourd’hui c’est par la lutte écologique que cela se traduit.

Si vous attendez une réponse à la fameuse question : est-ce raisonnable de vouloir encore faire des enfants de nos jours, j’espère que cet article vous aura apporté quelques éléments de réponse. Si chacun prenait conscience de l’urgence climatique, peut-être que chacun aspirerait à un changement de comportement au nom de ces enfants. Cet élan peut donner de la force, pour aspirer à un monde meilleur, et qui sait, sera peut-être enfin plus juste pour les générations futures.

Sources: Article « Démographie & climat » Emmanuel Pont, tiré de la revue numéro 3 de Yggdrasil & voici la version longue de l’article complet

Auteur :

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