Publié dans Capitalisme & écologie, Environnement, slow fashion

Le recyclage va t-il sauver la fast fashion ?

La mode est devenue jetable, je pense que je ne vous apprends rien, notre consommation de vêtements n’a fait qu’augmenter au fil des années (60% en 15ans selon l’Agence de la Transition écologique) et les déchets que génère cette accumulation ne font qu’augmenter eux aussi.

Lorsque l’on transite vers une mode plus éthique, plusieurs choix s’offrent à nous, on peut se tourner vers la seconde main pour consommer les vêtements qui sont déjà en circulation, mais on n’est pas à l’abri non plus d’une forme de surconsommation. C’est un peu comme passer des cigarettes à la clope électronique, on substitut mais on ne règle pas le problème puisque l’habitude reste la même. Mais disons que c’est une première étape. Consommer de seconde main c’est déjà consommer mieux.

On peut également faire le choix de se tourner vers des marques qui produisent de manière plus éthique, avec des matières naturelles et des collections plus petites. Mais on ne règle pas non plus le problème avec ce type de consommation puisque l’on produit toujours de nouvelles choses. Et les quantités de vêtements en circulation ne diminuent pas.

Mais si on recycle on règle le problème me direz-vous?

Si seulement.. Le recyclage au delà d’être une nécessité dans nos sociétés consuméristes, fut d’abord la solution « greenwashing » des capitalistes. Le recyclage c’est du pain béni pour les industriels, ça leur permet de continuer à inciter les gens à consommer tout en les faisant déculpabiliser parce que après tout maintenant « tout se recycle ».

Le recyclage c’est l’argument avec lequel on peut faire croire au capitalisme vert en brandissant la carte de l’économie circulaire.

Je me concentre ici sur le sujet de la mode éthique mais sachez que ça vaut pour à peu près tout, ce n’est pas en recyclant à tout bout de champs que les grands enjeux environnementaux vont se résoudre, parce que pour pouvoir mesurer les véritables bienfaits d’une économie vraiment circulaire, il faudrait qu’elle soit déjà en place, mais ce n’est pas le cas.

La responsabilité des entreprises dans le cycle de vie d’un vêtement.

On a tendance à mettre surtout la responsabilité sur le consommateur en l’incitant à trier ses déchets, réutiliser, mieux consommer et que sais-je encore, mais il ne faut pas oublier que le rôle des entreprises est capital dans l’équation. Ce sont eux qui produisent et donc qui sont responsables de ce qui se retrouve mis en circulation. Des mesures évidemment sont mises en place depuis peu au niveau politique pour que les entreprises prennent en charge la fin de vie d’un produit mais la pratique n’est pas vraiment généralisée à l’heure actuelle.

Quelques exemples de greenwashing issus de la fast fashion

Les marques qui vous targuent de ramener vos vêtements en magasin pour qu’ils soient recyclés contre un bon d’achat :

A ma connaissance il y a H&M et Uniqlo qui usent de ce type d’opérations marketing. Certains me reprocheront peut-être de voir le mal partout et de ne pas saluer les efforts des multinationales. J’entend cet argument et je suis la première à me réjouir quand les personnes autour de moi se tournent vers les gammes « plus vertes » des magasins car ça incitera les marques à faire mieux si ce genre de gamme se vend. Mais je suis la première à m’indigner également qu’on prenne à ce point les gens pour des pigeons en leur faisant croire qu’en ramenant les vêtements contre un bon d’achat ils font une bonne action. Les multinationales ont une marge de manœuvre considérable, elles pourraient faire bien mieux et elles ne le font pas, donc pour ma part je ne considère pas que ce greenwhashing de la part d’H&M ou d’autres marques puisse être considéré comme un effort franchement.

Pourquoi ce bon d’achat est problématique ?

Ce système est basé sur le gain de la récompense, je n’ai pas fais d’études marketing mais j’imagine que c’est une technique assez courante, on appâte le consommateur avec une réduction pour l’inciter à faire une action ou le faire réaliser un achat plus conséquent (30% à partir de 2 articles par exemple) ici l’argument du bon d’achat a au moins le mérite de peut-être pousser plus de clients à ramener leurs vêtements en magasin.

Après que les clients aient ramenés leurs vêtements en magasin et qu’ils aient dépensé de nouveau dans cette enseigne que se passe t-il ? Où vont les vêtements ? Quelles sont les techniques utilisées pour les recycler ? Deviennent-ils de nouveau vêtements ? Je vous détaillerais tout ça dans un prochain article pour vous parler plus en détail du greenwashing d’H&M.

Ce serait tellement beau de croire que tous les vêtements se recyclent aussi facilement, mais leur capacité à être recyclé dépend de beaucoup de paramètres :

« Pour qu’un vêtement soit facilement recyclable, il est nécessaire de prendre en compte un certain nombre de paramètres, notamment le choix du fil. Un textile composé de fibres d’une seule matière (exemple : fil 100 % coton, fil 100 % polyester) sera plus facilement recyclable que des textiles composés de fibres multimatières, que certains auteurs vont jusqu’à qualifier de « mélanges monstrueux » tant ils rendent le recyclage plus complexe. »

Comme le dit l’article de The conversation, le grand public a tendance a idéaliser le recyclage comme la solution miracle au problème de la fast fashion. Mais en même temps comment les blâmer puisqu’on nous répète à tout bout de champs que le recyclage est la solution à tous nos problèmes ?

La réalité est bien moins prometteuse, le processus de recyclage du textile au delà d’être compliqué et fastidieux n’est pas sans impact environnemental.

Même si les textiles étaient tous recyclés, le fait qu’ils perdent en qualité pendant le processus fait que ce n’est pas une matière que l’on peut réutiliser exclusivement. Il faut nécessairement associer la matière recyclée à une matière vierge pour qu’elle soit un minimum résistante.

Et même si ce procédé s’avère moins énergivore par rapport à de nouvelles productions de tissus, il n’empêche que ce n’est pas une solution pérenne. Le mieux est encore de réutiliser les vêtements qui sont déjà en circulation et de les réparer lorsqu’ils sont abimés.

Et pour pouvoir entamer ce processus il faut choisir des pièces de qualité, et dieu sait que les friperies et les magasins seconde main en regorgent !

Que faire alors ?

J’espère vous avoir démontré à travers cet article que le recyclage n’est malheureusement pas la solution au problème de la fast fashion, il faudrait plutôt drastiquement revoir les productions à la baisse et arrêter d’inciter le plus grand nombre à acheter continuellement des vêtements. Il faut changer notre rapport à la mode et prendre plus soin de nos vêtements, les donner lorsque l’on ne s’en sert plus et les réparer lorsque c’est possible.

Comment bien recycler ses vêtements lorsqu’ils sont en fin de vie ?

Sans grande surprise je ne vous invite pas à aller chez H&M, mais plutôt à:

  • Organiser des vides dressing entre copines
  • Les donner à des personnes que vous connaissez à qui cela pourrait faire plaisir
  • Les revendre sur des plateformes comme Vinted si ils sont en bon état
  • Envoyer vos sous-vêtements chez GEBETEX, qui serviront à fabriquer des maisons ! Ils seront transformés en briques éco-responsables, utilisées pour faire du béton.
  • Envoyer vos chaussettes usagées chez Chaussettes orphelines qui se chargera de les transformer en magnifiques accessoires
  • Les amener à la croix rouge, emmaus ou tout magasin seconde main qui reprend les vêtements/tissu
  • En dernier lieu je vous invite à les mettre dans les points de collecte type relai pour qu’ils soient réutilisés à bon escient pour éviter de les jeter à la poubelle normale.

Mais encore une fois je ne supporte pas de mettre toute la responsabilité sur le consommateur. Je sais à quel point ce n’est pas une transition facile de ne consommer que de la seconde main et se détacher des enseignes traditionnelles. C’est pour ça que je considère qu’il en va de LEUR responsabilité en premier lieu. Ne culpabilisez pas de ne pas réussir à tout faire tout de suite. Il m’a fallu 2-3 ans avant de constater que ma garde robe devenait vraiment éthique. Une garde robe plus responsable sera toujours à l’antipode de ce à quoi la mode traditionnelle nous a habitué ces vingt dernières années. Vouloir des vêtements plus éthiques veut dire investir du temps, réfléchir plus longtemps et apprécier ce que l’on possède déjà. C’est une révolution nécessaire face à une mode qui nous a habitué à tout avoir à porté de main tout le temps et à jeter les vêtements aussi vite qu’on les achète.

Voilà j’espère que cet article vous aura appris des choses, pour aller plus loin je vous conseille cet article ainsi que ce dossier de l’ADEME (l’agence française de la transition écologique) qui est très clair et très bien chiffré.

Je vous retrouve dans un prochain article pour parler plus en détail du greenwashing des marques telles que H&M, je suis tellement sidérée des informations que j’ai trouvé sur le net qu’il fallait que j’en fasse un article dédié.

Sources: Guide très complet de l’ADEME et article The reconversion

Auteur :

Un melting pot de beauté naturelle, de lectures, d'écologie, de féminisme, de bonnes adresses et de reflexions!

2 commentaires sur « Le recyclage va t-il sauver la fast fashion ? »

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